Surmonter les barrières du système d’éducation
Par
le 11 Oct, 2016

Publié initialement dans The Winnipeg Free Press

By Brianne Goertzen

 « Éducation postsecondaire ». Ces simples mots provoquent plusieurs types de réactions chez tous types de gens.

Il y a ceux et celles qui peuvent se le permettre et qui ne sont pas conscients du privilège qu’ils et elles ont. Et il y a ceux et celles qui ne peuvent pas se le permettre. Ces derniers sont des jeunes sans visages et sans noms qui sont oubliés par les gouvernements, qui cherchent à réduire les dépenses ou augmenter les frais de scolarité – tel que notre gouvernement y a fait allusion récemment.

Ce sont les jeunes qui ont de la difficulté à accéder à l’éducation postsecondaire. Ce sont les étudiantes et étudiants qui proviennent de familles à revenus faibles ou moyens qui contractent de grands montants de dettes, environ 19 000 $ pour être plus précis, pour poursuivre une éducation postsecondaire au Manitoba.

Et pour les jeunes qui sont nés dans la pauvreté, qui ont été élevés par des familles à travailleurs pauvres, une aversion envers l’endettement est la raison numéro 1 pour laquelle ils et elles ne poursuivront pas d’études postsecondaires. Pourquoi? Parce qu’ils savent par expérience quelles sont les conséquences de ne pas avoir d’argent, et que c’est difficile d’imaginer comment survivre en étant aussi endettés.

Je pourrais continuer cet article en dressant la liste des multitudes d’études qui démontrent les bénéfices socioéconomiques d’une société éduquée. Je pourrais présenter toutes les données qui indiquent que le marché du travail requiert un diplôme postsecondaire pour être capable de poser sa candidature à un emploi décent. Je peux décrire la rentabilité économique des investissements réalisés dans l’éducation pour notre société. Et je peux même témoigner des compétences souvent mal représentées des diplômées et diplômés en arts, en sciences sociales et en sciences humaines, qui ont une bonne capacité de gain.

Mais avant de continuer, je dois dire que je sais qu’il y a des gens qui liront cet article en se questionnant sur l’identité de l’auteure. On assumera que je suis moi-même une étudiante privilégiée qui essaie de justifier son style de vie rempli de fêtes et qui veut aller à l’école gratuitement. Et bien, cher lecteur ou chère lectrice, vous avez tort.

Je suis une mère qui s’est dédiée tout au long de sa vie à la justice sociale et qui a grandi dans une famille à travailleurs pauvres avec une mère monoparentale. J’ai travaillé fort et j’ai poursuivi mes études postsecondaires sans relâche parce que je savais que c’était la seule façon pour moi d’éviter de connaître le même destin que ma mère.

J’avais d’excellentes notes à l’école, et ma mère s’en rendait compte. Mon succès ne fut pas une source de fierté et d’éloges; plutôt, ma mère est venue me voir en larmes pour me dire : « Je suis désolée que je ne puisse pas payer pour ton éducation. Je suis désolée. J’aimerais pouvoir le faire. J’aimerais que les choses soient différentes. Je suis désolée. » Elle était fière de mes accomplissements, mais cette fierté était estompée par le fait qu’elle ne pouvait pas m’offrir toutes les possibilités et que j’allais devoir contracter des dettes ou chercher à obtenir des bourses inaccessibles.

J’ai maintenant un bon emploi après avoir obtenu un baccalauréat spécialisé ès arts ainsi qu’une maîtrise ès arts. Et je lutte tous les jours pour les jeunes qui ont une expérience de vie similaire à la mienne, pour tout jeune qui a de la difficulté à accéder à l’éducation à cause des barrières systémiques implicites et explicites. Si la loi qui protège les frais de scolarité des étudiantes et étudiants domestiques est éliminée et que le gouvernement décide de se conformer à la moyenne nationale des frais de scolarité, je sais que je devrai m’assoir avec mon fils pour lui expliquer : « Je suis désolée que je ne puisse pas payer pour ton éducation. Je suis désolée. J’aimerais pouvoir le faire, mais je ne peux pas. » Mon mari et moi vivent selon nos moyens et nous travaillons très fort pour subvenir aux besoins de notre fils, mais peu importe tous les sacrifices que nous faisons, nous ne serons pas en mesure de financer son éducation.

Je suis donc fière d’affirmer que lors du 2 novembre, je serai aux côtés des étudiantes et étudiants de partout au Manitoba pour faire de l’éducation postsecondaire une priorité et conserver la réglementation des frais de scolarité.

Lors du 2 novembre, je vais à la rue pour l’éducation parce que en tant que citoyenne de « classe moyenne » qui paie ses impôts et en tant que mère, je crois au pouvoir de l’éducation.

L’éducation a sauvé ma vie. L’éducation m’a ouvert des portes. L’éducation doit demeurer un bien commun.

Brianne Goertzen est administratrice à la division scolaire River East et elle est présentement organisatrice du Manitoba pour la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants – Manitoba. Elle est aussi vice-présidente du comité de direction du Centre canadien de politiques alternatives – Manitoba.

À propos de Brianne Goertzen

Mother, wife, advocate for high quality, public education and child care. Just another friendly Manitoban.

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