Ce que vous devriez savoir sur la SOE et l’endettement étudiant
Par
le 30 Sep, 2016

Par Jenna Amirault

Le gouvernement libéral de l’Ontario prône la restructuration de l’éducation pour la privatiser et la rendre à plusieurs vitesses. Les libéraux recherchent de plus en plus à lier le financement des universités aux accords stratégiques liés à leur mandat et aux résultats axés sur le rendement. 

 

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QU’EST-CE QUE LA SUBVENTION ONTARIENNE D’ÉTUDES?

Depuis 2003, le coût de l’éducation a doublé et c’est les étudiantes et étudiants qui doivent assumer le coût en accumulant des montants obscènes de dettes. Selon la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants, au moment de leur graduation, les étudiantes et étudiants de 1er cycle ont une dette moyenne de 27 000 $ alors que les étudiantes et étudiants de cycle supérieur ont une dette de près de 41 000 $.

Présentement, le gouvernement libéral est en train de restructurer le Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario et a promis d’éliminer les frais de scolarité pour les familles dont le revenu net est de 50 000 $ ou moins et de réduire les frais de scolarité pour les étudiantes et étudiants provenant de familles qui ont un revenu net de 83 000 $ ou moins. Les libéraux affirment que la refonte de la Subvention ontarienne d’études (SOE) permettra de fournir une éducation gratuite à 150 000 étudiantes et étudiants et de réduire le coût de l’éducation pour 170 000 étudiantes et étudiants (ce qui affectera un total de 320 000 étudiantes et étudiants). Les dirigeants libéraux attestent qu’ils pourront atteindre ces buts au prix de 1,3 milliards de dollars, ce qui correspond au coût actuel des crédits d’impôt pour les étudiantes et étudiants.

On a déjà révélé les problèmes avec les calculs des libéraux, notamment dans un article de Maclean’s en février 2016 par Zane Schwartz. Premièrement, le gouvernement estime que le coût moyen des frais de scolarité sera de 6 160 $  — selon le budget ontarien de 2016 — alors que le coût moyen des frais de scolarité en Ontario est de 7 868 $. Deuxièmement, le budget de 1,3 milliards de dollars n’est tout simplement pas assez pour respecter la promesse d’éliminer et de réduire le coût des frais de scolarité pour 320 000 étudiantes et étudiants.

Troisièmement, la SOE n’est pas liée à la hausse des frais de scolarité. Cela veut dire que le financement pour les bourses restera inchangé si (et lorsque) les frais de scolarité augmentent dans le futur — ce qui est inquiétant surtout parce que le plafond sur les hausses des frais de scolarité de 3 pour cent se termine en 2017. On prévoit que le financement du gouvernement alloué à l’éducation postsecondaire continuera de baisser au cours des trois prochaines années alors qu’il tombera bien au-dessous du taux d’inflation. De plus, le gouvernement augmente le plafond d’endettement étudiant individuel à 10 000 $ par année au lieu de 7 400 $.

Plus encore, la SOE n’est pas accessible aux étudiantes et étudiants ontariens les plus vulnérables économiquement. Les étudiantes et étudiants internationaux (qui font face aux plus hauts frais de scolarité et dont le nombre a atteint les 48 000 pour l’année 2014-2015 selon le Conseil des universités de l’Ontario) et les étudiantes et étudiants qui ont une mauvaise vérification de crédit, qui ont fait défaut sur un prêt étudiant précédent ou qui ont fait faillite ne sont pas éligibles.

Cela veut dire que le gouvernement aura pleinement l’opportunité de faire avancer son but de dérèglementer et privatiser davantage l’éducation très prochainement. Malgré toute la fanfare du gouvernement à propos de la gratuité scolaire, les étudiantes et étudiants en Ontario vont probablement finir par payer plus pour l’éducation postsecondaire au cours des prochaines années. En présentant la SOE en tant que solution aux problèmes étudiants, le gouvernement refuse de reconnaître l’ampleur systémique, sous-jacente et réelle du problème de l’endettement étudiant.

UNIVERSITÉ CARLETON

L’année passée, les étudiantes et étudiants à l’université Carleton se sont mobilisés pour demander au conseil d’administration de voter contre la hausse des frais de scolarité. Malgré les protestations des étudiantes et étudiants (et le surplus de l’université de 18,4 millions de dollars), le conseil a décidé encore une fois d’augmenter les frais de scolarité au montant maximum permis : 3 pour cent pour le 1er cycle, 5 pour cent pour les cycles supérieurs et 8 pour cent pour les étudiantes et étudiants internationaux.

L’université a essayé de cacher la hausse des frais de scolarité pour les étudiantes et étudiants de cycles supérieurs en affirmant que leurs frais de scolarité n’augmenteraient pas. L’association des étudiantes et étudiants de cycles supérieurs a démasqué ce fait en mars 2016 et a demandé à l’université Carleton de présenter des informations factuelles sur la hausse des frais de scolarité.

La décision du conseil administratif d’augmenter les frais de scolarité a démontré une fois de plus que les membres du conseil représentent des intérêts privés et non les intérêts des étudiantes et étudiants, des travailleuses et travailleurs sur le campus ou de l’éducation publique. Le conseil, dont la plupart des membres sont des gens bien-nantis nommés par l’administration universitaire, refusent de travailler avec les étudiantes et étudiants ou de considérer les alternatives proposées.

Cette réticence de la part de l’administration démontre encore une fois le danger de restructurer les bourses au lieu d’effectuer des vrais changements systémiques qui incluent du financement public dédié aux universités et à la gratuité scolaire pour les étudiantes et étudiants. Puisque le gouvernement ne tient pas compte de l’inflation pour le financement postsecondaire, la proportion que les étudiantes et étudiants paient de leur poche continuera d’augmenter d’année en année.

Jenna Amirault est la vice-présidente externe de l’association des étudiantes et étudiants de cycles supérieurs (GSA) de l’université Carleton. Impliquez-vous dans le comité d’action politique de la GSA en envoyant un courriel à vpx@gsacarleton.ca 

 LES ÉTUDIANTES ET ÉTUDIANTS LUTTENT CONTRE LES FRAIS AVEC LA JOURNÉE D'ACTION  

Des étudiantes et étudiants de partout au Canada se mobiliseront lors du 2 novembre pour la première Journée d'action nationale contre les frais de scolarité depuis 2012. Ils demandent une éducation gratuite et accessible pour toutes et tous en passant par la réduction et l’élimination des frais de scolarité, la restructuration des prêts étudiants en bourses non-remboursables, et l’élimination des taux d’intérêts sur tous les prêts étudiants existants.

Les membres de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCÉÉ) ont voté en faveur d’une Journée d’action lors de l’Assemblée générale annuelle du 4 juin puisqu’ils ont reconnu qu’il était nécessaire pour les étudiantes et étudiants de se mobiliser pour défendre leurs droits et leurs intérêts. À Ottawa, des étudiantes et étudiants à l’université Carleton, l’Université d’Ottawa et l’Université Saint-Paul travaillent ensemble pour faire entendre leurs voix.

Les étudiantes et étudiants ontariens continuent de faire face aux frais de scolarité les plus élevés au pays. Alors qu’ils se préparent à aller à la rue, les étudiantes et étudiants et les organisatrices et organisateurs affrontent de nouveaux défis, incluant un gouvernement provincial qui n’a pas réduit ni même gelé les frais de scolarité, mais qui prétend fournir une « éducation gratuite » à un certain nombre d’étudiantes et étudiants à partir de l’année scolaire 2017-2018 grâce au programme de la Subvention ontarienne d’études (SOE).

Après avoir regardé la proposition de la SOE de plus près (dans l’article ci-joint), on suggère qu’elle fait partie d’un effort de longue date de privatiser et de déréguler l’éducation universitaire. Cette initiative fait accélérer la tendance de réduire le financement public alloué aux universités et de faire augmenter la proportion qui est financée par les individus. À l’université Carleton, les frais de scolarité représentent 58 pour cent du budget de fonctionnement alors que le financement public ne représente que 37 pour cent du budget. L’administration de Carleton n’a pas appuyé les étudiantes et étudiants dans leurs efforts pour inverser cette tendance.

L’ÉDUCATION EST UN DROIT

Les étudiantes et étudiants au Canada revendiquent une éducation gratuite, accessible et émancipatrice. Les compressions budgétaires néo-libérales et les « solutions » dédiées à privatiser et déréguler davantage les universités ne sont pas acceptables. Les étudiantes et étudiants affirment que l’éducation est un droit et qu’elle doit être garantie en pratique par le contrôle public et la responsabilité sociale d’une société qui veut fournir un avenir prometteur à sa jeunesse.

C’est pour cette raison que les étudiantes et étudiants iront à la rue lors de la Journée d’action nationale du 2 novembre.

À propos de Emily Niles

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