Étude sur l’éducation postsecondaire gratuite
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le 28 Oct, 2016

Le débat sur les frais de scolarité est de retour au Manitoba et porte sur un thème très différent que celui des dernières années. Le premier ministre et le ministre de l’éducation ont récemment fait des commentaires qui suggèrent qu’après plus d’une décennie de gel des frais de scolarité suivie de mesures législatives qui limitent l’augmentation des frais de scolarité de premier cycle au taux de l’inflation, on considère des hausses importantes des frais de scolarité.

Pour citer Yogi Berra, pour certains d’entre nous c’est du déjà vu une fois de plus. Dans mon cas, en tant que président élu de l’association étudiante de l’Université du Manitoba en 1978, j’étais impliqué dans l’une des plus grandes manifestations étudiantes contre les hausses importantes des frais de scolarité introduites par le gouvernement de Sterling Lyon. De plus, il y a eu des hausses massives des frais de scolarité sous le gouvernement de Gary Filmon.

Il y aura sans doute un grand débat au cours duquel l’on décidera soit de maintenir la législation actuelle ou d’augmenter de façon importante les frais de scolarité. Au Canada et aux États-Unis, on met de plus en plus d’emphase sur une troisième option : celle d’éliminer les frais de scolarité.

Pourquoi est-ce que le mouvement pour la gratuité scolaire continue de grandir? La réponse est claire : c’est basé sur l’inégalité croissante et son impact sur la génération du millénaire.  

Steve Ashton Thumbs Up

Le phénomène global des hausses des frais de scolarité de partout au Canada n’est pas survenu par hasard. Cela a été causé en grande partie par la réduction drastique du financement fédéral à l’éducation postsecondaire, dont la proportion est passée d’un niveau de 50 pour cent en 1967 au niveau actuel de 9 pour cent pour les universités et de seulement 1,4 pour cent pour les collèges. Ceci a mené à une augmentation importante de l’apport du financement privé par rapport au financement public alloué à l’éducation postsecondaire. Cela inclut non seulement le financement corporatif et privé, mais aussi les hausses des frais de scolarité.

Le Canada a l’un des plus hauts taux de financement privé pour l’éducation postsecondaire au monde. Aussi récemment que dans les années 1990, le financement public représentait jusqu’à 80 pour cent des budgets de l’enseignement postsecondaire, comparé à aussi peu que 50 pour cent aujourd’hui.

Auparavant, les arguments contre la gratuité scolaire étaient plutôt prévisibles.  Ceux-ci incluent l’argument qu’obtenir une éducation postsecondaire est avantageuse et qu’on devrait donc en défrayer les coûts immédiatement en payant les frais de scolarité, ainsi que les arguments qu’il y a d’autres façons d’investir dans l’éducation postsecondaire qui pourraient aider plus de gens à poursuivre des études postsecondaires.

Ce qui a changé drastiquement est le fait que la génération du millénaire fait face de plusieurs manières à la fin imminente du contrat social qui garantissait qu’en obtenant une éducation postsecondaire, on serait non seulement dans une meilleure position que si on n’était pas allé aux études, mais aussi dans la même ou une meilleure position que ses parents. Il est maintenant possible pour les milléniaux de se retrouver dans une pire position que leurs parents et que les générations prédédentes.

Pour plusieurs milléniaux, le rêve de la classe ouvrière et de la classe moyenne qui veut qu’ils travaillent fort et qu’ils obtiennent une éducation ne mène pas à la sécurité économique à long terme. Les milléniaux se retrouvent dans un nouveau monde économique où les emplois précaires et les salaires minimums sont la nouvelle norme.

Avec plus de 70 pour cent des emplois nécessitant une éducation postsecondaire, dans plusieurs cas les milléniaux trouvent que les emplois qu’ils occupent sont les types d’emplois qui auraient été donnés aux diplômés de l’école secondaire il y a 30 ou 40 ans, qui n’ont pas eu à passer du temps à l’université ou au collège et à contracter des dettes étudiantes. Bien que l’éducation postsecondaire mène encore à des salaires plus élevés, une étude récente de Statistiques Canada a démontré que cet écart avantageux s’est resserré et n’est plus vrai pour tous les domaines.

La réalité est que plusieurs milléniaux font face à des dettes étudiantes importantes lorsqu’ils reçoivent leur diplôme – 27 000 $ en moyenne au Canada – et que de plus en plus d’entre eux ont des possibilités limitées de les rembourser.

Malgré cette nouvelle réalité du millénaire, on riposte souvent que bien que la gratuité scolaire serait idéale, c’est irréaliste. Pourtant, il y a 17 pays qui offrent l’éducation postsecondaire sans frais de scolarité. Par exemple, mon fils Alexander a récemment terminé une maitrise ès sciences en ingénierie et en aménagement urbain à Aalborg, au Danemark, sans payer de frais de scolarité. Pas de frais de scolarité et pas de dettes étudiantes.

Il est possible d’éliminer les frais de scolarité. Un rapport publié récemment par le CCPA a identifié qu’éliminer les frais de scolarité coûterait environ 130 millions $ chacun à la province et au gouvernement fédéral pour le Manitoba. Les frais de scolarité ne représentent que 0,6 pour cent du PIB et il y a plusieurs façons de rediriger et de réaffecter les crédits d’impôt et types d’aide fiscale existants pour rendre l’éducation postsecondaire plus abordable et même gratuite.

L’élimination des frais de scolarité n’est pas un remède universel. Plusieurs milléniaux demandent qu’on agisse sur d’autres enjeux, tels qu’éliminer les prêts pour les remplacer par des bourses, augmenter le salaire minimum pour qu’il soit égal à un salaire de subsistance de 15 $ par heure et agir pour établir de bons emplois non précaires. Les étudiantes et étudiants autochtones attendent que le gouvernement fédéral respecte sa promesse d’augmenter l’appui financier pour les études postsecondaires en éliminant le plafond de financement de deux pour cent mis en place dans les années 1990.

Pourquoi est-ce que la génération actuelle d’étudiantes et d’étudiants au postsecondaire devrait affronter des frais de scolarité et des niveaux d’endettement plus élevés que les générations précédentes? Pourquoi ne peut-on pas écrire l’histoire en éliminant les frais de scolarité pour l’éducation postsecondaire et en participant à un vaste effort pour améliorer encore plus l’accès à l’éducation?

Steve Ashton est ancien président de l’association étudiante de l’Université du Manitoba et ministre au Manitoba.

 

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